L'iran choisit Linux

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Rédigé le 21-09-2004 à 18:08, par stanislas, dans Internet
L'Iran se tourne vers Linux même si Windows ne lui coûte rien

L'Iran est l'un des derniers pays en date à se détourner de Microsoft Windows pour le système d'exploitation Linux, même si la République islamique ne verse pas un cent à Bill Gates grâce à l'inexistence des droits sur la propriété intellectuelle.

Selon Mohammad Sephery-Rad, un responsable du système informatique iranien, des considérations politiques et sécuritaires expliquent la décision d'adopter Linux. "Tous les logiciels en Iran sont des copies. Il n'y a pas de copyright, alors tout le monde utilise les logiciels de Microsoft librement", dit M. Sephery-Rad, secrétaire du Haut conseil de l'informatique. "Mais nous ne pouvons pas continuer plus longtemps ainsi", dit-il à l'AFP.

La raison n'en est certainement pas que les Iraniens culpabilisent d'utiliser des logiciels piratés (un logiciel Windows XP dernier cri coûte le même prix qu'un CD vierge) ni que le marché des logiciels iraniens est monopolisé par Microsoft, un fleuron de la technologie américaine honnie par le régime.

Tout d'abord, l'Iran tente d'intégrer l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le non-respect de la propriété intellectuelle est pour une grande part à l'origine des multiples rejets de sa candidature. "Nous devrons payer beaucoup d'argent", affirme M. Sephery-Rad, car les six à huit millions d'ordinateurs que compte le pays, dont un million pour les administrations de l'Etat, utilisent Windows.

"Deuxièmement, les logiciels de Microsoft souffrent de nombreuses failles sécuritaires que la compagnie essaie de rafistoler; ils ne sont pas sûrs. Nous sommes aussi sous le coup des sanctions américaines. Tout cela nous pousse à chercher un système alternatif".

Avec le développement des moyens pour contrôler le piratage des logiciels, il risque en outre de devenir de plus en plus difficile de télécharger les programmes pour mettre à jour les logiciels piratés.

Le recours est le Linux - un système d'exploitation développé par un Finlandais, Linus Torvalds, à partir du système Unix, et devenu le principal concurrent de Microsoft Windows, qui contrôle aujourd'hui 90% du marché mondial. Alors que Windows est complètement verrouillé, les utilisateurs peuvent librement télécharger le "code source" de Linux et l'adapter à leurs besoins.

"Notre stratégie est d'avoir la possibilité de changer de logiciel à tout moment pour ne pas être pris de court", déclare M. Sephery-Rad. "Nous allons essayer de convaincre les gens qu'il s'agit de la meilleure option et de sauter le pas".

Plusieurs gouvernements ont déjà opté pour Linux afin d'économiser de l'argent, de casser le monopole virtuel de Microsoft et d'éviter les virus informatiques développés contre Windows.

"Microsoft est une préoccupation pour la sécurité nationale, en particulier lorsqu'il s'agit des ordinateurs utilisés par le gouvernement", dit-il. "Même si avec Linux, il y aura toujours un problème de sécurité, il sera moins important".

"Les étudiants et les universitaires ont montré un grand enthousiasme, mais les gens plus âgés ont plus de problèmes", explique M. Sephery-Rad, estimant que les interfaces KDE et Gnome de Linux sont pratiquement aussi bonnes que celles de Windows.

"Il n'est pas aussi facile que nous le pensions de persuader les gens de changer de système d'exploitation, c'est une question d'habitude", reconnaît M. Sephery-Rad. Un mode d'emploi sur CD de Linux en persan a été mis sur le marché.

"Les gens doivent comprendre que dépendre d'un système d'exploitation contrôlé par une seule société est dangereux. Avoir Microsoft, c'est comme posséder une voiture dont le capot est soudé à la carrosserie", dit M. Sephery-Rad. Il reconnaît toutefois que le développement de Linux dans le pays prendra deux ou trois ans et se produira à la faveur d'expériences similaires dans les pays d'Amérique latine, d'Europe et d'Asie.